Je suis grossophobe.

Tu l’es aussi. Tu es toi-même en surpoids? Pas grave, tu es probablement grossophobe. Je sais, tu ne t’en attendais pas…moi non plus.

 

J’ai lu le livre sur la grossophobie d’Édith Bernier, Grosse, et puis? Et j’avais envie de te faire part de mes commentaires et réflexions concernant ce livre, au cas où tu ne le lirais pas.

 

La grossophobie est un terme qu’on entend de plus en plus parler depuis quelques années et qui témoigne de l’ensemble des jugements, stéréotypes et comportements discriminatoires envers les grosses personnes.  C’est un sujet qui allume les passions et suscite les débats. Je vous présente ce que je partage totalement, partiellement, et pas du tout, avec l’auteure.

 

 

Ce que je seconde et partage complètement avec l’auteure :

 

  • Le fait qu’il n’existe aucun recours précisément créé pour les victimes de grossophobie, à l’inverse des autres motifs de discrimination, tel l’ethnie, l’orientation sexuelle ou le sexe de la personne. La grossophobie est certainement l’une des formes de discrimination les plus répandue, mais il n’existe aucune ressource spécifique pour supporter ou défendre les droits des personnes ayant subi les contre-coups de la grossophobie. Ça presse de remédier à cette lacune.
  • La grossophobie est partout, et très souvent internalisé depuis l’enfance. Difficile de ne pas se faire prendre par le courant, malheureusement, puisque nous sommes constamment bombardés par des messages anti-grosseur et pro-minceur.
  • Le poids d’une personne est influencé par une multitudes de facteurs, qui vont au-delà de ses connaissances en nutrition et en activité physique. La santé n’est pas uniquement une question de poids. C’est plus complexe que cela, et dans certains cas, une perte de poids peut même témoigner d’une dégradation de l’état de santé, et le fait de commenter (que dis-je, féliciter!) la perte de poids d’une personne n’est pas toujours sain. Gardons nos commentaires sur le poids pour nous-mêmes.
  • Il règne un climat pro-grossophobie dans la culture populaire, où la perte de poids est glorifiée (pensons aux émissions de télévision ayant pour thème la perte de poids des participants) et les personnes obèses sont souvent illustrées de manières péjoratives. Comme s’ils étaient tous imbéciles, paresseux, en train de manger de la malbouffe dans un La-Z-boy 24/7. Franchement.
  • Les grosses personnes ont autant de valeur que les personnes minces. Ai-je besoin d’expliquer en long et en large pourquoi? Je croyais que cela était évident, au même titre qu’une personne noire versus une personne blanche.

 

Sur quoi je me question…je suis perplexe..

  • L’appellation des individus gros. Gros? Obèse? En surplus de poids? SOUFFRANT de surplus de poids? Édith avance le fait que le terme « obèse » médicalise les grosses personnes et que cela jette un regard plutôt négatif sur ce format corporel. Elle choisit le terme « gros, grosse » et suggère que les personnes minces demandent aux personnes grosses comment ils aimeraient être appelés. J’achète à 100% cette dernière idée, mais je ne crois pas que j’utiliserai d’emblée ce terme. J’emploie généralement cette expression : une personne en surpoids.

 

 

Ce que je ne partage pas avec l’auteure :

 

(Je suis consciente que je vais éveiller les passions ici)

 

  • L’obésité est maintenant reconnue comme une maladie chronique (août 2020). Est-ce-que toutes les personnes obèses vont mourir de manière préméditée et être malades, ou souffrantes sur le plan strictement physique des conséquences de leur poids élevé? Non. Mais le surpoids est un facteur de risque, au même titre que la consommation d’alcool ou le stress. On ne peut pas le nier. Faire le contraire est tout simplement aller à l’encontre des données probantes de la science. Je répète : c’est un facteur de risque, pas une condamnation.
  • Édith parle à plusieurs reprises dans son livre qu’afin d’être une société moins grossophobe, nous devrions aménager différemment nos espaces de vie, tels les chaises, les espaces entre les tables au restaurants, etc. Bien que je compatis vraiment beaucoup avec la souffrance que cela doit être de vivre l’anxiété « pré-sortie » lorsque la personne se demande si elle entrera dans le siège, il me semble un peu extrême de réaménager tout pour inclure les personnes souffrants d’obésité morbide (je suis présentement terriblement grossophobe de dire ce terme là). Je crois qu’il existe plusieurs formats corporels différents, mais je me questionne grandement du message que cela enverrait comme société si on aménageait TOUS NOS ESPACES publics pour les personnes très obèses. J’aurais l’impression de vivre dans le film Wall-E. Je ne crois pas que de pseudo valoriser l’obésité soit une décision saine. Défendre les individus qui en subissent les contre-coups? Assurément. Mais il y a une nuance, non?
  • Ce qui m’a titillé au plus haut point, de par ma profession, est le prochain point. Favoriser la perte de poids, ou l’encourager, chez une personne en surpoids EST grossophobe, paraît-il. Je suis d’accord que de suggérer une perte de poids à une personne qui ne nous en a pas parlé, c’est un gros NON, mêle-toi de tes affaires. C’est grossophobe. Mais si la personne VEUT perdre du poids et qu’elle EST réellement en surpoids (c’est-à-dire pas la personne voulant perdre 2.5 livres…), je ne me sens nullement grossophobe de l’aider en ce sens. Je trouve très dérangeant que cela soit présenté ainsi. Comme si les grosses personnes devaient s’accepter ainsi, qu’elles aiment leur format corporel, qu’elles aient un problème de santé (qui n’a sûrement pas de lien à voir avec le poids, selon le livre…) ou pas. Tous les formats corporels seraient normaux. Je regrette, mais non. Peser 70 livres n’est pas plus normal que d’en peser 500, adulte. Les deux témoignent d’une maladie à la fois physique et psychologique, et une modification du format corporel s’impose.

 

 

En conclusion, j’ai apprécié la lecture du livre d’Édith, mais je ne partage pas toutes ses opinions. Je crois toutefois que cette femme a de l’audace (j’adore) et du « guts » de défendre haut et fort une communauté qu’elle représente et que son livre pourrait certainement aider à sensibiliser les gens à ce qu’est la grossophobie.

Je suis tout de même triste de savoir que je suis grossophobe…

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