Ce texte présente mon opinion personnelle et professionnelle. Mon message n’est pas le même que plusieurs de mes collègues nutritionnistes, mais vous permettra de mieux comprendre mon approche en consultation et mon point de vue sur ce sujet sensible.

Est-ce que vous connaissez l’approche Health At Every Size® (HAES)?

Pouvant être traduit comme La santé à chaque taille, il s’agit d’une approche de santé globale qui encourage la diversité dans les tailles corporelles et qui mise sur l’acceptation de soi.
Divisée en cinq grands principes, cette approche prône :
1. Inclusivité du poids (Weight inclusivity)
2. Amélioration de la santé (Health Enhancement)
3. Manger pour le bien-être (Eating for well-being)
4. Soins respectueux (Respectful care)
5. Mouvement qui améliore la vie (Life-enhancing movement)
Plusieurs nutritionnistes-diététistes pratiquent cette approche depuis quelques années et militent pour que cela devienne la norme. Autrement dit, l’argumentaire derrière l’approche pourrait s’exprimer comme le fait que les » personnes grosses ont effectivement un risque plus élevé de développer certains problèmes de santé. Par contre cela ne veut pas dire que leur poids en tant que tel en est la cause. » Le HAES rejette le diagnostic d’obésité comme étant une maladie (non-pathologisation du poids).

Pourquoi, malgré mes lectures et formations sur le sujet, je n’applique pas le HAES dans son ensemble?

Le E, le Every.
J’adhère complètement au volet de la bienveillance envers son corps, au respect, au plaisir de bouger, mais une composante de l’approche me rend franchement perplexe.
Là, où je vois un problème, c’est lorsque l’on ferme complètement les yeux sur certaines valeurs objectivables (que l’on peut mesurer) en prétendant que l’on peut être en santé à n’importe quel poids, tous les poids, à chaque poids (HAES) : d’où mon problème avec le E (every).

L’obésité est une maladie chronique. Comme n’importe quelle condition, le respect et le libre-choix doivent être au cœur de l’intervention, si intervention il y a.

Tiré de: https://www.factinate.com/things/25-dark-secrets-lord-voldemort/

Ce n’est pas parce qu’on reconnaît qu’il y a un problème de santé que la bienveillance disparaît et que le souci du bien-être global de la personne devient secondaire. L’individu doit être au cœur des décisions qui le concerne et doit pouvoir prendre des décisions libres et éclairées quant à sa santé et ce, peu importe son poids.

Certains militants du mouvement HAES compare l’obésité à l’homophobie qui était très présente, il y a quelques années. Comme quoi le corps médical au sens large (santé publique, science médicale, psychologique et sociale) fait actuellement fausse route en déclarant l’obésité comme étant une maladie chronique et qu’un jour le monde médical se réveillera pour se rendre compte que tous les corps sont sains peu importe leur format. Notons que le simple fait d’utiliser le mot obésité dans ce texte me catégorise comme étant grossophobe selon certains individus.
Le mot obésité est rendu le Voldemort de la société. Parler de poids est rendu tabou.

 

La place de l’Indice de Masse Corporelle (IMC) dans la santé

Indice est le mot le plus important de cet acronyme. Un indice est une piste, un indicateur parmi tant d’autres, de la situation de santé d’une personne.

Prenons deux exemples concrets :
Une jeune femme qui pèse 88 lb et qui mesure 5’5 (IMC de 14,7).

Une jeune femme qui pèse 288 lb et qui mesure 5’5 (IMC de 48,0).

Bien entendu, il faut avoir plus d’informations pour tirer une impression clinique, une conclusion finale: ces deux valeurs, permettant de calculer l’IMC, ne sont pas suffisantes pour déterminer la santé d’un individu.

Mais peut-on tout de même admettre qu’une cloche d’alarme résonne si une personne présente un IMC de 14,7 ou 48 (rappelons que l’IMC « santé » est de 18,5 à 24,9).

 

Vous trouvez cet exemple « extrême »?
Aux cliniques NutriSansChichi, nous recevons à toutes les semaines des personnes présentant ces deux profils. Dans tous les cas, nous commençons par discuter de leurs attentes et de ce qui les préoccupe face à leur alimentation. Le plan d’action est déterminé en collaboration, en discutant et en fixant des objectifs atteignables et réalistes dans le contexte de vie de l’individu.

Donc oui, j’accompagne certaines personnes dans la modification de leurs habitudes alimentaires dans un but thérapeutique de perte de poids. Chez certaines personnes souffrant de leur obésité, perdre du poids améliore la santé (oh shit Voldemort!).

Est-ce que toutes les personnes qui répondent aux critères d’accessibilité pour une chirurgie bariatrique devraient se faire opérer? NON
Mais est-ce que la chirurgie bariatrique est pertinente et souhaitable chez certaines personnes? OUI
Peut-on être en santé à n’importe quelle poids? Selon moi, NON (et les données probantes scientifiques semblent d’accord avec moi).

Pour conclure

Je terminerai en paraphrasant la dernière phrase du livre Optimiser sa chirurgie bariatrique, « personne ne contrôle son poids, mais nous avons un pouvoir d’action sur nos habitudes de vie ».
Suis-je malveillante et pleine de préjugés? Est-ce je que je juge négativement les personnes grosses et leur manque de respect?

À vous de décider!

De mon côté, je continuerai à recevoir en personne ou à travers mon écran, les personnes qui souhaitent de l’accompagnement et du support dans leur démarche de perte de poids chirurgicale.

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